Les mots font trop de bruit…

Tapis dans l’obscurité, ils attendent ma plume, mes lèvres, mais leur nervosité m’affole. Cette énergie débordante envahit tout, prend toute la place, et efface… qui je suis.

Pourtant, ils sont là, et ils poussent! Comme la foule pressée des courtisans dans l’antichambre d’un seigneur, ils se pressent les uns contre les autres et se chamaillent pour approcher la porte.

Je suis le seigneur, évidemment, et de mon bon plaisir dépend leur apparition dans la lumière. Nonchalant, je picore des fruits confits dans une coupe, pendant qu’ils s’écharpent derrière la porte. Les mots font trop de bruit. Ils me fatiguent, et leur exigence, placide bien que bruyante, m’insupporte.

J’ai envie d’ouvrir les deux vantaux d’un coup brusque et de leur hurler dessus. Barrez-vous! Il n’y a rien pour vous ici, qu’un seigneur fatigué aux doigts poisseux. Votre présence épuise ma patience, je n’ai que faire de vos significations et des messages à composer. Prenez vos lettres et vos virgules, et partez!

Et là… Ce serait le silence… Comme un voile, qui se déposerait sur les mots et les réduirait définitivement…

Alors, je pourrai enfin entendre mon propre chant.

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