Une Miette d’amour

Extrait de mon journal intime, samedi 4 avril 2020.

Miette est morte cette nuit.

Vers 9 h ce matin, un voisin est venu me signaler le corps de notre chatte dans la rue. Je l’ai amené chez le vétérinaire pour la faire incinérer.

Journée difficile, Pauline et moi avons été apathiques, chacune dans son coin.

A l’instant, je me sens en colère. Ma mâchoire est crispée, mes sourcils froncés. Je lutte, mais contre quoi? Je trouve cela injuste, dans cette période de confinement. Il n’est pas juste qu’un des membres de la famille meure alors que nous sommes réunies toutes les trois. Pour moi, elle représente la douceur du foyer, le calme d’une fin de journée. Nous avions besoin d’elle pour vivre cette douceur… Comment allons-nous faire désormais?

Nous ferons. Ce ne sont que des projections. La douceur est en nous, c’est celle que nous nous accordons. C’est le temps que nous prenons pour regarder les nuages passer, et pour écouter l’herbe pousser. C’est le silence dans lequel nous baignons lorsque les fenêtres sur le monde sont fermées.

Après la colère viendra la tristesse (déjà un peu là à vrai dire), puis l’acceptation. Nous aurons de nouveau des oiseaux dans le jardin!

Je relis mes mots de ce matin [rédigés avant la découverte de sa mort], mes préoccupations d’avant l’arrivée de cette mort dans nos vies. Cela me semble dérisoire, si futile…

Le sentiment d’insécurité et d’abandon me fait passer à côté de l’essentiel, la valeur de la vie, sa préciosité. J’évoquai la mort de mes parents, je suis confrontée à celle de Miette. Je ressens une invitation encore plus forte au ralentissement, à l’immobilité.

La Vie me dit “Arrête de t’agiter. Vraiment.”

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