Dis la vérité

Voilà, ça sera le nom du blog.

Ma vie ressemble à un gros foutoir, je suis fatiguée de ne pas arriver à concrétiser ce que je crois être mes rêves, et j’ai beau savoir qu’il suffit de me laisser traverser, je n’y parviens pas. J’ai beaucoup pleuré hier et cette nuit. Je ne ressemble à rien ce matin, mais ça m’a fait du bien.

(Dis la vérité. Prononce les vrais mots de l’instant, ceux qui se pressent dans ta tête, et qui tournent en rond quand tu te tais.)

Ces derniers mois, tenaillée par des problèmes financiers, j’ai beaucoup écrit. De la merde. Beaucoup de merde. De bons gros tas de belle merde bien puante. Pour bâtir vite de quoi faire rentrer des sous, j’ai confié mon âme à une machine, et j’ai bombardé la toile de merde. En l’espace de deux semaines, j’ai créé deux nouveaux sites internet, et j’ai mis à jour les deux existants. J’ai assemblé tout ça sur une page « hub », en me racontant à quel point j’étais une grande bâtisseuse. Une grande menteuse, oui !

Oh bien sûr, ça tient à peu près la route (c’est fait pour), mais c’est comme le Canada Dry.

Par la suite, j’ai eu l’impression de m’enfoncer encore plus dans les limbes de l’impuissance et de la médiocrité. J’ai relayé ces quatre sites sur quatre comptes Instagram, monter un calendrier éditorial impossible à exécuter, et me suis ensuite copieusement critiqué (à l’intérieur de moi-même, surtout ne pas en parler), parce que je n’arrivais pas à tenir la cadence. Dois-je préciser qu’aucun fruit juteux n’est sorti de ce bazar ?

Les incendies de Gironde m’ont mise à genoux. Alors que je faisais tout mon possible pour sauver le monde, je ne comprenais pas pourquoi celui-ci prenait feu. Mon corps, ratatiné par les canicules du printemps, en PLS sur la fraîcheur du carrelage (entre deux posts Insta bricolés avec l’IA (mais chut, il ne fait pas le dire, l’IA c’est caca)), mon corps, donc, se retrouvait exposé à des fumées toxiques, pendant que 220 000 personnes quittaient leurs maisons pour se mettre à l’abri des flammes. Deux cent vingt mille personnes. 1+1+1+1+… 220 000 fois. A 10 km de chez moi.

C’est

quoi

ce

bordel

Pourtant, j’ai acheté mes graines au vrac, et jeté les sacs en papier dans la poubelle verte… Je n’aurais peut-être pas dû manger ce burger … À moins que ça soit mes posts insta et mes quatre sites internet… Je ne comprends pas (emoji qui se tient le menton les yeux au ciel avec l’air soucieux).

En pleine dissonance cognitive, je me sentais minable, impuissante, terriblement seule, complètement perdue. Je n’arrivais pas à trouver de sens à mon expérience, tout me semblait absurde. Revenir à la matière m’a sauvée.

Je n’avais plus remis les pieds dans mon atelier depuis des mois, mais il ne m’a pas fallu longtemps pour y reprendre mes marques. J’ai renoué avec l’expérience joueuse, l’exploration curieuse, le test « juste pour voir », le bricolage bancal pour me faire une idée des volumes. J’ai réuni mes œuvres passées, en quête d’un fil conducteur que je pourrais tirer pour la suite (je me demande si, avec cet article, je ne serais pas également en train de cherche le fil de ma propre vie).

J’aurais volontiers continué à créer, et la rentrée de septembre est arrivée. J’ai retrouvé mes collègues du cabinet de thérapeutes, et nous nous sommes mis en mouvement pour organiser une table ronde en octobre. Sortir de ma bulle m’a fait du bien. J’ai trouvé une nouvelle boutique pour commercialiser mes créations, et d’autres partenariats se profilent à l’horizon, en art comme en thérapie.

Tout ça est bien, mais comme ça ne résout pas les problèmes immédiats de trésorerie, je continue d’être assaillie d’angoisses. Des fantasmes affreux, où je perds ma maison, et où les gens me montrent du doigt avec mépris.

(dis la vérité)

J’ai demandé de l’aide à certains de mes proches (qui me l’ont fournie, grâce leur soit rendue), tandis qu’un autre me traitait d’hypocrite et qu’une troisième décidait de ne plus me parler. Je ne leur en veux pas, je comprends leur position, mais c’est difficile. Suivre ce chemin escarpé et semé d’embûches n’est pas une sinécure, j’aurais tellement eu besoin de leur soutien. Etre jugée et rejetée parce que je choisis d’honorer qui je suis, ça pique…

Tellement de choses se bousculent dans ma tête, avec les mots qui précèdent. Tout me semble si complexe ! Je sais que je ne suis pas comme tout le monde, mais jusqu’à maintenant, je me disais que, personne n’étant comme tout le monde, c’est normal de ne pas être pleinement accueillie par tous (y compris de sa propre famille). Sauf que…

… il n’y a plus personne.

Je suis seule, et je me demande dans quelle mesure j’ai moi-même contribué à ce désert relationnel.

(c’est vraiment dur d’écrire, ici, alors… À suivre…)