Je me souviens de cette balade matinale, seule, alors que ma famille dormait encore. Le chemin côtier qui serpente, l’alternance entre le soleil aux odeurs d’embruns et l’ombre au parfum des pins. Dans le tunnel entre le sentier et les branches, je m’avance vers la lumière de ce bout de presqu’île.
… je ne sais comment transcrire ce que j’ai ressenti…
Sous mes pieds, le plateau caillouteux, poussiéreux, qui soutient mon corps. A l’arrière-plan, la mer, à perte de vue, d’un bleu intense ponctué par l’écume des vagues, et devant moi, cet arbuste aux branches tordues par les vents côtiers, accroché à la roche avec une obstination défiant les dieux. Ce végétal émet une vibration que je n’avais encore jamais perçue. Ça ressemble à la brume de chaleur au-dessus de l’asphalte, mais je sais, sans le savoir, qu’il s’agit d’autre chose.
La vie à l’état pur. L’essence du monde dans une manifestation si impudique qu’elle en devient mystique. Devant cette merveille, mon corps s’est instantanément figé, le souffle coupé, pour ce qui m’a semblé une éternité. Dans le soupir qui a suivi, toutes les tensions ont disparu. Traversée par tant de beauté, je n’avais plus d’espace intérieur pour la séparation.
Le cerveau a besoin qu’on lui fiche la paix
Quand on le libère de toute tâche à accomplir (comme dans une balade matinale et solitaire, par exemple), le cerveau bascule en mode par défaut, et cela active un réseau neuronal appelé Default Mode Network, le réseau du mode par défaut. Dans cet état, qui n’est pas un état de veille, le cerveau intègre, consolide, relie. Et cela fait remonter ce qui était en attente.
Le plus souvent, on ne laisse pas à notre cerveau le temps de basculer dans ce mode. On comble le silence avec un podcast, on vérifie les messages en attendant le café, on pense au lendemain en faisant la vaisselle.
En laissant vraiment agir les vacances, on peut créer une brèche dans ces habitudes. Alors la pression temporelle se relâche, les sollicitations diminuent, et dans cet espace du corps détendu, quelque chose peut enfin circuler.
Ce que la beauté a ouvert…
Dans ce temps suspendu par la vision que m’a offert le monde (et que j’avais pu accueillir parce que ma balade m’avait passée en mode par défaut), j’éprouvais quelque chose que je n’avais plus éprouvé depuis longtemps, bien plus profond, bien au-delà du plaisir ou du soulagement. Thierry Tournebise, le fondateur de la maïeusthésie, appelle cela la joie, et il la distingue soigneusement du plaisir sensoriel. Le plaisir vient de l’extérieur. La joie, elle, est un déploiement intérieur, le signe que la Vie vient de toucher quelque chose d’essentiel en nous.
Quand cette joie est apparue ce matin-là, elle a révélé, par contraste, son absence des mois précédents.
… et que je n’entendais plus
Je n’étais plus heureuse depuis longtemps. Mon couple partait en cacahuète, je ne trouvais pas ma place professionnelle, ma vie n’avait plus de sens. La joie déployée en moi, fulgurante, avait déchiré le voile de déni qui recouvrait ma réalité expérientielle. Je ne pouvais plus ne pas voir, et c’était très inconfortable.
Ce qu’on fait de ce que le silence dit
Habituellement, à cet instant, deux grandes voies se dessinent : soit je referme, soit je résous.
Refermer ce qui s’est entrouvert, c’est remettre du bruit, reprendre le rythme, surtout ne pas tirer sur les fils, parce qu’on sait très bien où ils vont nous mener, et c’est effrayant.
Résoudre, c’est analyser, chercher le pourquoi, et construire un plan d’action, pour lequel on n’a pas forcément l’énergie.
Un autre chemin est possible, un entre-deux plus doux, qui respecte à la fois l’appel de la beauté et les peurs spontanées. Ni fuite, ni combat. Présence.
Consentir à ce qui a émergé, être là, avec les sensations, les émotions, les contradictions, la peur et l’élan.
La vie cherche son chemin en nous, toujours. On peut lui offrir le silence des vacances, s’autoriser à ralentir, sans culpabilité, sans chercher à comprendre tout de suite ce qui remonte. Ce n’est ni un luxe ni une parenthèse anodine, mais une nécessité, souvent le seul moment où quelque chose peut enfin se faire entendre.
Je te souhaite de pouvoir vivre cela, et si tu as besoin de plus, peut-être à ton retour de vacances, mes propositions sont là :
- Si tu veux te donner un espace pour laisser émerger, la méditation offerte La première clairière peut être ta prochaine étape.
- Si le voile s’est déchiré et que tu as besoin d’aide pour aller y regarder de plus près, je peux t’accompagner avec une séance Clarté.
Laure Martin accompagne les femmes en hypercontrôle chronique à retrouver clarté et paix intérieure, sans que leur tête ait besoin de tout comprendre d’abord. Elle exerce à Bordeaux ainsi qu’en visio.
